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Le Pingouin Migrateur

Une idée reçue : Linux sur le bureau, ce n'est pas pour demain.

Depuis quelques temps, Linux en tant que serveur a acquis une certaine renommée dans le monde de l'entreprise. Mais pourquoi dénigrer son côté "bureau" ?

La réputation d'austérité de Linux - probablement héritée de son grand frère Unix - n'est pas méritée. Rappelons que Linux a été conçu dès le départ comme un système personnel (un Unix pour Personnal Computer). Certes il s'agissait d'un environnement de développeur, où la présence d'un débuggueur était plus importante que la possibilité de changer les décorations des fenêtres. Mais pourquoi les développeurs auraient-ils besoin d'un bureau laid et compliqué ?

Logiquement, ces développeurs, qui sont aussi utilisateurs, n'ont pas tardé à créer des interfaces graphiques très intéressantes. En quelques années, Linux (ainsi que les systèmes *BSD) s'est constitué un ensemble d'environnements et de window managers qui n'a pas d'équivalent dans les autres systèmes. Disposant de nombreux modules originaux ou empruntés à tous les systèmes (barre des tâches, menus contextuels, docks, icônes de bureau, notes, bureaux virtuels, etc.), ces environnements sont hautement configurables et thèmables - un rêve pour qui veut configurer le look de son bureau jusque dans les moindres détails. Tout cela sans renier la ligne de commande, dont la puissance n'est plus à démontrer. Sous Linux on a en permanence le choix entre la ligne de commande et des interfaces graphiques de grande qualité.

Vous pensez que les thèmes sont des gadgets ? Peut-être, mais n'est-ce pas ce qui fait le succès d'un environnement ? J'ai donné il y a quelques années des cours d'initiations à Windows, Word et Excel. Le public était composé de gens ayant une expérience très limitée des ordinateurs - certains savaient à peine tenir une souris. Sans conteste, la fonction qui plaisait le plus était le changement des couleurs et des thèmes du bureau, ou le changement de fonte dans Word.

Les nouveaux environnements de Linux vont justement de plus en plus loin dans la "thèmabilité" tout en rendant la configuration extrêmement simple. Je viens de passer quelques jours à utiliser KDE 2.1. Honnêtement, à côté Windows paraît gris, terne, carré et moche ! Et KDE n'est pas le seul : Enlightenment ou Sawfish couplés à Gnome forment également un environnement absolument réjouissant.

Osons le dire, Linux dispose maintenant d'un des plus beaux bureaux de tous les systèmes !

On va m'objecter - avec raison - que le bureau n'est pas tout, et qu'il ne faut pas oublier les applications.

Comparons Linux à Windows qui semble être la référence des applications graphiques.

Pour tous les logiciels fournis en standard sous Windows (même dopé aux freewares), Linux dispose d'outils équivalents voire supérieurs.

Ces applications répondent à la majorité des besoins courants d'un utilisateur de bureau. Franchement, vous utilisez souvent un tableur chez vous ? Et combien de fois utilisez vous un traitement de texte par rapport à un gestionnaire de fichier ou un navigateur Web ?

Pour les applications restantes - pas utiles à tout le monde mais néanmoins indispensables à certains - Windows possède clairement un avantage, même si Linux se défend honorablement :

Néanmoins la situation est bien meilleure qu'il y a un an ou deux. On voit apparaître des jeux commerciaux (grâce au travail de la société Loki), et aussi quelques jeux libres très intéressants comme Chromium, Pingus, GLTron, LBreakout ou Tuxracer (sûrement un coup de Microsoft pour faire baisser la productivité des développeur Linux :) ).

En résumé, Linux possède :

On constate que la situation est loin d'être défavorable à notre système préféré :)

Si Windows a un avantage, il provient du nombre important de ses utilisateurs (dont la plupart ne savent même pas qu'ils ont le choix de leur système d'exploitation) et non pas d'une soi-disant infériorité de Linux comme environnement de bureau. Nous luttons là contre la fameuse résistance au changement.

Selon une étude d'IDC (1), en l'an 2000, Linux équipe 27% des nouveaux serveurs contre seulement 1 à 2% des PC de bureau. Ces 2% peuvent paraître négligeable, mais rapporté au près de 550 millions d'ordinateurs dans le monde (2), cela représente tout de même 11 millions d'utilisateurs ! Et dans cette étude seules les versions vendues de Linux sont comptabilisés (peut-être même pas les distributions fournies dans les magazines), c'est à dire que le chiffre doit être largement sous-estimé. Une meilleure estimation est à mon avis celle du Linux Counter (3) : 17 millions de Linuxiens dans le monde.

Pour vous donner un ordre de grandeur, il y avait 25 millions d'utilisateurs de Windows en 1993 (probablement 505 millions aujourd'hui). Dans l'étude citée précédemment, IDC estime à 4% la part de marché des machines d'Apple... soit 22 millions d'adeptes du Mac, un chiffre très proche du nombre de Linuxiens ! Souvenez vous que dans les années 80, le Macintosh avait créé une révolution bureautique avec beaucoup moins d'utilisateurs qu'en a Linux actuellement...

J'aimerais que la communauté prenne conscience de la force du côté "bureautique" de Linux et contribue ainsi à faire connaître les logiciels libres à un public plus large qu'aujourd'hui.

Voici les actions que je propose : Pour ceux qui ont les compétences (et le temps), il y a les solutions bien connues :

Mais on peut aussi contribuer de manière tout aussi importante par d'autres moyens :

Soyons fiers de nos environnements graphiques et faisons-les connaître à un plus large public ! Notre communauté ne peut que profiter de l'arrivée de nouveaux venus. N'oublions pas que tout le monde peut participer à l'aventure des logiciels libres, même si on n'est pas programmeur, même si on est débutant !

(1) http://news.cnet.com/news/0-1003-200-4979275.html
(2) http://www.etforecasts.com/products/ES_cinuse.htm
(3) http://counter.li.org/

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Alexandre Aupetit, Avril 2001